2021

WP 2021.08 The impact of income inequality on public environmental expenditure with green consumerism

Lesly Cassin – Paolo Melindi-Ghidi – Fabien Prieur

Résumé
Cet article analyse l’impact des inégalités de revenu sur la politique environnementale en présence de consommateurs verts. Nous développons d’abord un modèle avec deux ingrédients principaux : les citoyens, avec des capacités de revenu différentes, ont accès à deux produits dont la consommation diffère en termes de prix et d’impact environnemental, et ils votent sur la politique environnementale. Dans ce contexte, il existe un équilibre politique unique dans lequel la population est divisée en deux groupes, qui diffèrent par le type de bien, conventionnel ou vert, qu’ils consomment. L’analyse montre qu’un changement du niveau d’inégalité induit des variations à la fois dans la taille et la composition de ces deux groupes. Cela détermine en retour si plus d’inégalités stimulent ou non la politique publique. Nous menons ensuite une étude empirique sur un panel de pays européens pour la période 1996-2019. Nous démontrons l’existence d’une relation en forme de J inversé entre les inégalités et les dépenses publiques environnementales. Ce résultat s’explique par la combinaison d’un effet de composition, affectant le groupe des consommateurs verts, et d’un effet de substitution entre la consommation verte privée et les dépenses environnementales publiques.


WP 2021.07
Tackling Transport-Induced Pollution in Cities: A Case Study in Paris

Marion Leroutier – Philippe Quirion

Résumé
Le transport routier est une source importante de pollution de l’air locale et d’émissions de CO2. Pour réduire ces externalités, il est crucial de comprendre qui contribue aux émissions et quelles sont les alternatives aux déplacements fortement émetteurs. Nous estimons les contributions individuelles aux émissions induites par les choix de transport en milieu urbain en combinant des données d’enquêtes sur les déplacements des Franciliens avec des données de facteur d’émissions pour les polluants de l’air locaux et le CO2. De larges inégalités existent du point de vue de la contribution aux émissions, avec 20% des individus contribuant à 75 à 85% des émissions (selon le polluant considéré) un jour de la semaine typique. Ces individus combinent des distances parcourues plus importantes, une utilisation accrue de la voiture, et, surtout pour les polluants de l’air locaux, l’utilisation de voitures plus émettrices que la moyenne. En mobilisant des données de temps de trajet contrefactuel, nous estimons que 53% des déplacements actuellement réalisés en voiture en Ile de France pourraient faire l’objet d’un report modal vers le vélo électrique ou les transports en commun, avec une augmentation limitée du temps de déplacement quotidien. Un tel report modal réduirait les émissions de polluants locaux et de CO2 de 19 à 21%, et engendrerait des bénéfices annuels estimés à environ 245 millions d’euros du point de vue de la qualité de l’air et de l’atténuation du changement climatique.


WP 2021.06
The Environmental Unsustainability of Public Debt: Non-Renewable Resources, Public Finances Stabilization and Growth

Nicolas Clootens – Francesco Magris

Résumé
Dans cet article, nous introduisons une contrainte de stabilisation des finances publiques dans un modèle à générations imbriquées dans lequel les ressources non-renouvelables constituent un intrant nécessaire au processus de production. Nous démontrons que la stabilisation de la dette publique à des niveaux élevés (en termes de ratio de capital) peut annihiler toute possibilité de croissance soutenable. La dette publique apparait donc comme une menace au développement durable. Nous montrons également que des ratios dette/capital et dépenses publiques/capital élevés sont associés à des taux de croissance plus faibles. Deux canaux de transmission sont identifiés. La dette publique génère tout d’abord un effet d’éviction sur l’investissement en capital physique. A cet effet que l’on retrouve habituellement dans la littérature s’ajoute un deuxième effet: un niveau d’endettement public élevé génère un rythme d’extraction des ressources élevé, ce qui va en retour freiner la croissance à long terme. Nous proposons également une analyse de la dynamique de cette économie.  Enfin, nous montrons que le ratio dette/capital peut être calibré pour décentraliser l’optimum social.


WP 2021.05
Should we fear transition risks? A review of the applied literature

Louis Daumas

Résumé
La transition vers une économie bas-carbone entraînera d’importantes transformations des les systèmes énergétiques et économiques. A tel point qu’a émergé une littérature s’inquiétant des conséquences de tels changements sur la stabilité des systèmes financiers. Cette étude des « risques de transition financiers » a signalé que la conjonction des politiques climatiques, des changements technologiques et de l’évolution des comportements de consommation pourrait se propager aux marchés financiers. Si ce processus s’avérait trop brutal ou trop inattendu, il pourrait dégénérer en un « Moment Minsky climatique » aux implications systémiques. Cependant, l’histoire récente a montré que les marchés financiers peuvent s’avérer résilients à des chocs affectant directement les activités les plus sensibles à la transition énergétique (pétroliers, etc.). Devrions-nous donc redouter les risques de transitions ? Pour répondre à cette question, nous proposons une revue critique de la littérature appliquée (modélisation prospective, économétrique) dédiée à cette problématique. Trois sous-champs seront étudiés : celui des « actifs échoués », la recherche économétrique sur la valorisation des actifs financiers dans le cadre de la transition bas-carbone et les estimations directes des risques de transition au travers de modèles prospectifs. Nous exposerons les résultats clefs de ces littératures et proposerons une approche critique de leurs méthodologies sous-jacentes.


WP 2021.04
Intragenerational inequality aversion and intergenerational equity

Robert D. Cairns – Stellio Del Campo – Vincent Martinet

Résumé
L’article étudie les interactions entre équité intragénérationnelle et intergénérationnelle dans une économie à deux pays produisant et consommant à partir d’une richesse nationale. Nous caractérisons le sentier de développement durable qu’un planificateur central implémenterait pour atteindre l’égalitarisme intertemporel. Si l’équité intergénérationnelle est définie par rapport au niveau de consommation global de chaque génération sans prendre en compte la distribution de la consommation entre les deux pays, la consommation dans le pays pauvre doit être réduite le plus possible au profit de l’investissement, afin d’accélérer la convergence des deux économies, ce qui accroît les inégalités intragénérationnelles. Lorsque le bien-être social prend en compte l’équité intragénérationnelle, plus l’aversion aux inégalités intragénérationnelles (IIA) est large, moins le sacrifice demandé au pays pauvre est important, mais plus faible est le niveau de bien-être générationnel soutenu au cours du temps. Le long du sentier de bien-être égalitaire au cours du temps avec IIA, la consommation du pays pauvre croit alors que celle du pays riche décroit, avec une décroissance globale comme résultat.


WP 2021.03
Output-Based Allocation and Output-Based Rebates: A survey

Philippe Quirion

Résumé
Le remboursement basé sur la production (output-based refunding) consiste à distribuer la valeur des taxes sur la pollution, ou celle des quotas d’émission négociables, aux exploitants des installations émettrices, en proportion de leur niveau de production actuel. On parle d’output-based rebating dans le cas des taxes et d’output-based allocation dans le cas des quotas d’émission négociables. Cette pratique est très répandue, en particulier dans les politiques climatiques, et a des conséquences économiques importantes. Nous analysons ces conséquences, d’abord dans un cadre déterministe, puis en tenant compte de l’incertitude. Si le remboursement basé sur la production est préjudiciable au bien-être dans une économie déterministe et fermée sans distorsions préalables, il présente également certains avantages. En particulier, il s’agit d’un moyen efficace de limiter les fuites de carbone. Ensuite, nous présentons la mise en œuvre de l’allocation basée sur la production dans l’Union européenne, en Californie, en Chine, en Nouvelle-Zélande et en Alberta, et nous examinons s’il convient de la maintenir ou de la supprimer progressivement au cours des prochaines décennies.


WP 2021.02
Common pool resource management and risk perceptions

Can Askan Mavi and Nicolas Quérou

Résumé
Motivé par les discussions récentes sur la question des perceptions des risques liés aux événements liés au changement climatique, nous introduisons un cadre de jeu non coopératif où les agents gèrent une ressource de pool commune sous un potentiel risque et les agents présentent différents biais de perception du risque. Se concentrer sur l’effet de la polarisation niveau et d’autres caractéristiques de la population, nous montrons que le type de biais (surestimation versus sous-estimation biais) et le niveau de qualité des ressources avant et après l’occurrence du changement ont une importance de premier ordre sur la nature qualitative des ajustements comportementaux et sur le modèle de conservation des ressources. Lorsqu’il y a des biais non uniformes au sein de la population, la structure intra-groupe de la population affecte qualitativement le degré de conservation des ressources. De plus, des agents non biaisés peuvent réagir dans des moyens de modifier le niveau de polarisation face à des agents présentant différents types de biais. La taille de la sous-population des agents impartiaux n’affecte pas qualitativement la façon dont une augmentation le niveau de polarisation a un impact sur les ajustements comportementaux individuels, même s’il affecte la magnitude de ce changement. Enfin, il est montré comment les biais de perception affectent la comparaison entre centralisé et gestion décentralisée.


WP 2021.01
Expenditure-elasticity and income elasticity of GHG emissions: a survey of literature on household carbon footprint

Antonin Pottier

Résumé
La relation entre le revenu des ménages et leurs émissions de gaz à effet de serre ont fait l’objet de nombreuses études. Cette relation peut être résumé par un nombre, l’élasticité-revenu de l’empreinte carbone. Cette élasticité est calculée à partir des études qui reconstituent l’empreinte carbone à partir des données de coupe sur les budgets des ménages. Cet article donne une vue d’ensemble des études sur l’empreinte carbone des ménages et des estimations des élasticités-dépenses et élasticités-revenu. L’élasticité-revenu s’écarte de l’élasticité-dépenses du fait d’un taux d’épargne croissant avec le revenu. L’article collige plus de quatre-vingts estimations (dont un tiers d’estimations calculées pour l’occasion) des élasticités d’empreinte carbone ou de besoins énergétiques. De manière générale, les estimations publiées montrent que l’empreinte carbone croît moins vite que les dépenses, et confirment que l’élasticité-revenu est bien inférieure à l’élasticité-dépenses. L’article discute la différence entre l’inégalité d’émissions de GES et la concentration des émissions de GES, l’ambiguïté terminologique de la littérature entre élasticité-revenu et élasticité-dépense. Il présente les limites de notre savoir sur la relation entre revenu et empreinte carbone, qu’elles viennent de la méthodologie pour reconstruire les empreintes à partir des enquêtes de consommation ou des erreurs de mesure de ces enquêtes.

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