Les travaux publiés dans cette série présentent un intérêt particulier pour la prise de décision publique. Ils sont parfois également publiés dans la série Documents de travail.

Les Policy Papers de la FAERE sont référencés dans EconPapers et RePEc.

2017

 

PP 2017-01
French nuclear bet

Quentin Perrier

Résumé
A la suite du premier choc pétrolier, la France s’est engagée dans le plus vaste programme nucléaire civil au monde, construisant les 58 réacteurs qui produisent aujourd’hui plus de 75% de son électricité. Mais ces réacteurs atteindront prochainement quarante ans, et les travaux de rénovation pour prolonger leur durée de vie sont estimés à plus de 100 milliards par l’operateur EDF. L’option nucléaire est donc à nouveau sur la table. Faut-il rénover les centrales existantes ? Quelles sont les perspectives du nucléaire en France à moyen et long terme ?
La complexité de cette question provient surtout des fortes incertitudes qui entourent des paramètres cruciaux du problème : le coût final de la rénovation ou des nouveaux réacteurs, le niveau de la demande ou encore le prix du CO2.
Pour prendre en compte ces incertitudes, nous appliquons la méthodologie de « Décision Robuste » pour déterminer quels réacteurs devraient être prolongés. Nous construisons et utilisons un modèle d’optimisation incluant l’investissement et le dispatch, calibré sur la France. Nous étudions ainsi 27 stratégies de rénovation pour toutes les combinaisons de paramètres incertains.
Basé sur plus de 3000 simulations, notre analyse révèle une stratégie robuste, qui consiste à fermer 7 à 14 des 14 plus anciens réacteurs, puis à prolonger tous les autres. Cette stratégie offre de bonnes performances pour un vaste ensemble des hypothèses plausibles, tout en procurant une assurance contre le risque d’un coût du nucléaire plus élevé que prévu, d’une faible demande ou d’un faible prix du CO2.
Mais nous montrons que cette stratégie reste vulnérable à une conjonction de ces trois éléments, ce qui permet de comprendre – tout en les quantifiant – les débats actuels.
A plus long terme, la part optimale du nucléaire dans le mix électrique français décroit. Si le coût du nouveau nucléaire (EPR ou autre) reste supérieur à 80 €/MWh, cette part passe à 40% en 2050. Une combinaison de renouvelables variables, d’hydraulique et de gaz devient en effet compétitive, même pour un prix du CO2 atteignant 200 €/tCO2.

2016

 

PP 2016-08
Multiple Standards: the Case of the French Building Industry

Mireille Chiroleu-Assouline

Résumé
Le secteur de la construction est caractérisé à la fois par une grande importance de la réglementation, par la superposition et la juxtaposition de normes techniques et par l’existence d’une profusion de labels. Les conséquences principales sont un risque de confusion dans l’esprit des acheteurs nuisant gravement à la recherche de produits labellisés sur le marché, et l’élévation des prix en raison des surcoûts dus tant à la progression continue des exigences qu’à la nécessité de conformité avec de nombreuses normes différentes. La hausse des prix des produits obtenant les labels les plus exigeants nuit naturellement à leur pénétration du marché. La simplification de cet ensemble réglementaire et normatif améliorerait vraisemblablement l’efficacité économique du secteur.

PP 2016-07
The land use change time-accounting failure

Marion Dupoux

Résumé
Le changement d’affectation des sols (CAS) constitue la deuxième source d’émission de gaz à effet de serre induits par l’homme après les énergies fossiles. Ce papier soulève les impacts de la considération temporelle uniforme des CAS, au sein des politiques d’énergie, sur l’évaluation économique de projets. Ce biais d’évaluation provient à la fois de : (i) la règle classique d’Hotelling employée pour les prix du carbone comme si la problématique du changement climatique reposait strictement sur les mêmes principes que les énergies non-renouvelables et (ii) le profil temporel des impacts des CAS pris comme constants au cours du temps au sein des principales politiques énergie (RED, RFS2). Tout d’abord, l’évolution temporelle des prix du carbone devrait s’appuyer sur deux éléments supplémentaires propres au changement climatique, à savoir l’absorption naturelle du carbone et l’incertitude, ce qui implique un éloignement de la règle standard d’Hotelling. Ensuite, la conversion d’un usage de terres en un autre génère une dynamique du carbone décrite comme décroissante au cours du temps par la littérature en biologie. A l’aide d’un modèle théorique, je montre que l’emploi de l’annualisation uniforme (comme dans la politiques énergie européenne notamment) dans une analyse coût-bénéfice, entraîne une évaluation incorrecte de projets liés aux CAS lorsque les prix du carbone dévient de la règle d’Hotelling. Celle-ci accentue à la fois l’effet « écrasant » du taux d’actualisation et la hausse du prix du carbone, que ce soit le type d’impact (émission u séquestration). Ce cadre est appliqué ensuite aux impacts sur le réchauffement global du bioethanol en France pour lesquels le biais induit par l’annualisation uniforme est calculé. En particulier, les temps de retour de la profitabilité du carbone sous l’approche uniforme ne reflètent pas l’investissement carbone effectif des CAS. Ceci modifie potentiellement les conclusions relatives à l’atteinte des objectifs environnementaux imposés par les politiques énergie.

PP 2016-06
Fuel Poverty: a Composite Index Approach

Dorothée Charlier – Bérangère Legendre

Résumé
Bien que la pauvreté énergétique soit un problème de plus en plus récurrent dans les pays développés, il n’existe pas de consensus aujourd’hui dans la littérature sur sa mesure. Les outils utilisés pour quantifier le phénomène sont essentiellement monétaires et délaissent les deux autres grandes dimensions de précarité énergétique que sont (i) la faible efficacité énergétique des logements et (ii) la restriction de la consommation énergétique des ménages. La restriction de la consommation, étroitement liée à la notion de confort et de bien-être, est difficile à appréhender car elle est souvent basée sur un ressenti déclaré des ménages. Dans ce papier, pour contourner ce biais de subjectivité, nous proposons un indice composite de la pauvreté énergétique utilisant comme mesure de la restriction la température moyenne de chauffage dans le logement. La mobilisation de méthodes d’évaluation d’impact nous permet de confirmer que la température moyenne des logements est un bon proxy du phénomène de restriction. Nous proposons ainsi le premier indice composite intégrant simultanément les trois dimensions que sont la contrainte monétaire, l’efficacité énergétique du bâti et la restriction en matière de consommation.

PP 2016-05
An evaluation of French municipal solid waste pricing system

Houévoh Amandine Gnonlonfin

Résumé
Cette étude évalue les effets « prévention » et « substitution » des trois taxes du système de tarification incitative de la gestion des déchets municipaux en France. Nous avons estimé les élasticités des quantités de déchets municipaux collectés et traités dans les filières de recyclage des matières, de compostage, de l’incinération avec et sans récupération d’énergie, de l’enfouissement et de la mise en décharge. Pour cela, nous avons utilisé les données départementales issues des enquêtes « collecte » 2005-2011 de l’ADEME . L’utilisation des modèles en panel et de Heckman two-step a permis de contrôler les biais d’endogénéité et de sélection liés aux décisions des collectivités locales quant aux technologies de traitement et aux taxes incitatives. Les résultats montrent une complémentarité des trois taxes française à savoir la Redevance incitative, la Responsabilité Élargie du Producteur et la Taxe Générale sur les Activités Polluantes ; avec une primauté de l’effet de la Redevance sur la demande des ménages et une primauté de l’effet de la Responsabilité Élargie du Producteur sur la sélection de la technologie de traitement au niveau des collectivités locales.

PP 2016-04
Natural capital accounts and public policy decisions: Findings from a survey

Mathilde Jeantil – Laura Recuero Virto – Jean-Louis Weber

Résumé
Les initiatives en matière de comptabilité du capital naturel se sont multipliées ces dernières années, en particulier concernant les comptes écosystémiques. Les engagements politiques pour soutenir les comptes du capital naturel se multiplient également. Pourtant, les comptes du capital naturel ont été rarement utilisés jusqu’à présent pour éclairer les décisions de politique publique. Sur la base d’une enquête auprès des instituts nationaux de statistique, des ministères et des experts indépendants dans le monde entier, nous cherchons à apporter un peu de lumière sur les obstacles à l’utilisation des comptes du capital naturel pour la prise de décision dans le cadre de la politique publique. Nous constatons que, indépendamment du niveau de revenu, les pays sont engagés dans l’intégration des comptes du capital naturel dans leurs stratégies. Et pourtant, les comptes du capital naturel sont rarement pris en compte pour la prise de décision dans le cadre de la politique publique, notamment dans les pays en développement. Les obstacles les plus importants sont le manque de soutien politique par des personnes clés, et l’incapacité du leader institutionnel à promouvoir l’utilisation des comptes par d’autres ministères dans le cadre des politiques publiques. Même si les projets devraient de préférence être axés sur la demande, la sensibilisation sur l’existence et sur l’utilisation des comptes est essentielle entre les différents niveaux de l’administration gouvernementale.
En ce qui concerne les pays en développement, l’obstacle qui est considéré comme le plus pertinent dans l’utilisation des comptes du capital naturel pour l’élaboration des politiques est le stade de développement du pays. En outre, les répondants des instituts de statistique et des pays en développement sont particulièrement concernés par les obstacles institutionnels et, dans une moindre mesure, par la disponibilité des données et par la coopération. Les répondants des ministères et les experts indépendants sont particulièrement concernés par les obstacles liés à la conception de comptes, tels que la difficulté à établir un lien entre les comptes du capital naturel et les décisions politiques, et l’imprécision des directives pour la création des comptes. En outre, les comptes du capital naturel sont utilisés pour la prise de décision dans le cadre de la politique publique avec un certain décalage par rapport à leur création, des résultats ne devront pas être attendus le lendemain des investissements initiaux. Un résultat clé de l’enquête est la nécessité d’évaluer la valeur ajoutée des comptes du capital naturel par rapport aux statistiques. En effet, les problèmes locaux pourraient être mieux abordés par l’analyse coûts-bénéfices. Pour conclure, probablement uniquement lorsque nous assistons à un événement environnemental majeur, les comptes du capital naturel seront considérés suffisamment pertinents d’un point de vue politique pour atteindre le même degré de maturité que les comptes du revenu national à la fois dans leur développement, et dans leur intégration dans le processus de prise de décision.

PP 2016-03
Interaction between CO2 emissions trading and renewable energy subsidies under uncertainty: feed-in tariffs as a safety net against over-allocation

Oskar Lecuyer – Philippe Quirion

Résumé
Nous étudions les interactions entre un système de quotas échangeables d’émissions de CO2 (ETS) et une subvention aux énergies renouvelables, en présence d’incertitude sur la demande d’électricité et les coûts. Tout d’abord, nous montrons que dans la plupart des ETS en place dans le monde, l’incertitude a suscité une surallocation (définie comme un plafond d’émissions supérieur aux émissions qui auraient eu lieu en l’absence d’ETS), au moins pendant un temps.Nous développons ensuite un modèle analytique et un modèle numérique appliqué au marché de l’électricité de l’Union européenne, où les subventions aux énergies renouvelables ne sont justifiées que par la réduction des émissions de CO2. Nous montrons que dans ce contexte, si l’incertitude est faible, les subventions aux énergies renouvelables ne sont pas justifiées, mais si l’incertitude est assez grande, ces subventions augmentent le bien-être espéré, car elles réduisent les émissions de CO2 même en cas de surallocation. La source d’incertitude est importante lorsque l’on compare les différents types de subventions aux énergies renouvelables. En cas d’incertitude sur la demande d’électricité, sur le coût des énergies renouvelables ou sur le prix du gaz, un tarif d’achat apporte un bien-être espéré supérieure à une prime fixe, car il fournit une subvention plus élevée quand c’est réellement nécessaire, c’est-à-dire lorsque le prix de l’électricité est faible. En cas d’incertitude sur le prix du charbon, le résultat inverse est vrai. Ces résultats apportent un éclairage nouveau sur le remplacement de tarifs de rachat par des primes, qui a lieu en ce moment en Europe.

PP 2016-02
La transition énergétique est-elle favorable aux branches à fort contenu en emploi ? Une approche input-output pour la France

Quentin Perrier – Philippe Quirion

Résumé
Dans le débat public sur la transition énergétique en France, l’emploi occupe une place prépondérante. Nous calculons, pour l’économie française en 2010, le contenu en emploi et en gaz à effet de serre des différentes branches, c’est-à-dire le nombre d’emplois et de tonnes-équivalent-CO2 par million d’euros de demande finale.Nous utilisons pour cela le tableau entrées-sorties au niveau le plus désagrégé disponible (64 branches). Nous développons et appliquons ensuite une méthodologie originale pour décomposer les écarts de contenu en emploi entre branches en cinq facteurs: le taux d’importations de produits finaux, le taux d’importations de consommations intermédiaires, les taux de taxes et subventions, les niveaux de salaire et la part de la rémunération du travail dans la valeur ajoutée. Enfin, nous étudions certaines substitutions inter branches qui découleraient d’une transition énergétique visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

PP 2016-01
Reducing the Energy Burden of the Poor and Greenhouse Gas Emissions: Can We Kill Two Birds with One Stone?

Dorothée Charlier – Anna Risch – Claire Salmon

Résumé
Dans cet article, nous évaluons les mesures publiques actuelles visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES),la consommation énergétique, et à lutter contre le « fardeau de l’énergie » à long terme, de sorte qu’il soit possible d’offrir des recommandations politiques pertinentes. Nous développons un modèle d’équilibre partiel existant afin de prendre en considération les déterminants clés du poids excessif de l’énergie. Cette analyse révèle que les politiques publiques ne sont pas suffisantes pour atteindre les objectifs ambitieux en matière de réduction de la consommation énergétique et des émissions de GES en France. De plus, les diminutions qui pourraient se produire dissimulent les disparités sociales importantes entre les ménages. La mise en œuvre conjointe de plusieurs outils conduit à des interactions qui diminuent les résultats globaux de la politique. Dans l’ensemble les politiques publiques actuelles globales donnent des estimations des taux de 75% de free-riding. Les mesures d’efficacité dans le domaine énergétique sont donc insuffisantes. Les gouvernements doivent se concentrer davantage sur la pauvreté monétaire (le manque d’argent) comme une cause du faible taux des rénovations et envisager l’octroi de subventions pour les rénovations comme une solution potentielle.

2015

PP 2015-06
Environmental Impacts of the French Final Consumption

Laurent Meunier – Frédéric Gilbert – Eric Vidalenc

Résumé
Afin de lutter contre le changement climatique, des objectifs ambitieux ont été fixés, comme la division par 4 des émissions de GES en 2050 par rapport à 1990. Cependant, en se concentrant sur les émissions territoriales, les émissions incluses dans les biens importés sont négligées. Or, si les émissions territoriales de la France ont diminué depuis 1990, plusieurs études montrent que les émissions liées à la consommation ont augmenté. C’est pourquoi ce sont les émissions à la consommation qui sont considérées dans ce papier. De plus, l’analyse présentée considère d’autres impacts environnementaux: acidification de l’air, eutrophisation et production de déchets industriels non-dangereux. La contribution de cette recherche est de 3 ordres. Premièrement, nous affinons les résultats d’une précédente étude. Deuxièmement, un scénario de consommation finale des ménages conduisant à une réduction des impacts environnementaux est construit. Enfin, les conditions mathématiques de validité des résultats de notre analyse ont été étudiées en profondeur.

PP 2015-05
L’information préventive améliore-t-elle la perception des risques majeurs? Impact de l’Information Acquéreur Locataire sur le prix des logements

Amélie Mauroux

Résumé
Cette étude évalue l’impact de l’obligation « d’information acquéreur locataire » (IAL) sur les prix immobiliers et sur la perception des risques naturels des habitants des zones exposées. La date de mise oeuvre de l’obligation d’IAL, le 1er juin 2006, est utilisée comme un choc exogène sur l’information des acheteurs immobiliers quant à l’exposition aux risques des logements. Un modèle de prix hédoniques en différence de différences est estimé sur une base de données unique croisant les transactions immobilières en 2006 issues de bases notariales et la cartographie des zonages règlementés exposés aux risques des Plans de Prévention des Risques Naturels. Les communes dans le périmètre de l’étude sont toutes soumises à un seul Plan de Prévention des Risques portant sur les inondations. Cette étude porte donc uniquement sur l’application de l’IAL pour le risque inondation. Les résultats indiquent que la mise en place de l’IAL a accru la proportion de ménages informés, ce qui s’est traduit, toutes choses égales par ailleurs dans les communes soumises à un Plan de Prévention des Risques Inondations (PPRi), par une baisse des prix au mètre carré de certains des biens soumis à l’IAL par rapport à des biens similaires mais en dehors du périmètre des PPRi. C’est le cas notamment des appartements en rez-de-chaussée ou situés dans une commune touchée par une catastrophe naturelle l’année précédant la vente.
La mise en place de l’obligation d’IAL a également réduit la probabilité de vendre à des personnes ne résidant pas sur le lieu d’achat, et donc vraisemblablement moins bien informées auparavant.

PP 2015-04
The Long Run Impact of Biofuels on Food Prices

Ujjayant Chakravorty – Marie-Hélène Hubert – Michel Moreaux – Linda Nostbakken

Résumé
Plus de 40% du maïs US est maintenant utilisé pour produire des biocarburants qui servent de substitut à l’essence dans les transports. On a reproché aux biocarburants d’avoir provoqué des hausses des prix des biens alimentaires et de nombreuses études ont montré que les politiques énergétiques des Etats-Unis et de l’Union Européenne ont eu un impact important (30 – 60 %) sur les prix de ces biens. Dans cet article, nous utilisons un modèle d’équilibre partiel pour montrer que les effets de demande (la croissance de la population, une plus grande appétence pour la viande et les produits laitiers induite par la croissance des revenus, au détriment des céréales) jouent un rôle aussi important dans la hausse des prix des biens alimentaires que les politiques pro-biocarburant. Nous spécifions un modèle ricardien dans lequel les terres sont de qualités différentes et nous trouvons qu’on devrait s’attendre à une extension significative des terres exploitées, ce qui permettra probablement une hausse modérée des prix des biens alimentaires. Cependant la plus grande consommation de biocarburants peut causer un accroissement des émissions de carbone à l’échelon mondial du aux fuites de consommation de pétrole vers les pays sans politique pro-biocarburant, permise par des prix du pétrole plus bas et aux conversions à la culture de pâturages et de forêts.

PP 2015-03
Cross-commuting and housing prices in a polycentric modeling of cities

Vincent Viguié

Résumé
Cependant, comment en pratique mettre en place de telles stratégies reste à l’heure actuelle relativement peu clair. Une des raisons vient du fait que, bien que l’on sache que la structure spatiale des villes a des conséquences importantes sur les trajets effectués par les habitants, on est encore loin d’avoir une bonne compréhension du lien entre les deux. Un exemple emblématique est l’incapacité des approches économiques usuelles à expliquer les trajets et les choix de localisation des ménages dans une ville polycentrique. Dans cette étude, nous introduisons une nouvelle manière de représenter ces choix dans le formalisme standard de l’économie urbaine, en modélisant explicitement les coûts de déménagement et les imperfections de marché empêchant les ménages de trouver un logement correspondant de manière parfaite à leurs attentes. En prenant l’aire urbaine de Paris comme cas d’étude, nous montrons que cette nouvelle modélisation, malgré sa simplicité, permet de reproduire les caractéristiques principales de l’agglomération en termes de répartition de la population, de niveaux des loyers, et de choix de déplacements des habitants. Une validation sur la période 1900/2010 montre également que le modèle représente les principaux déterminants de l’évolution de la structure de la ville sur cette période, suggérant ainsi que celui-ci peut être utilisé comme outil d’aide à la décision et d’analyse de politiques publiques.

PP 2015-02
Quel  mode  de  soutien  pour  les  énergies  renouvelables  électriques ?

Philippe Quirion

Résumé
Si la plupart des pays développés et émergents soutiennent les énergies renouvelables dans le secteur électrique, ils le font de manière différente. Les trois principaux modes de soutien existant sont les tarifs d’achat garantis, les primes et les quotas combinés à des certificats verts. Nous fournissons une synthèse de la littérature économique portant sur la comparaison de ces modes de soutien. Nous concluons que les quotas souffrent de nombreuses faiblesses par rapport aux deux autres modes de soutien : mauvais réaction à l’incertitude, risque important pour les financeurs qui accroît le coût des projets, coûts de transaction plus élevés. Tarifs et primes présentent chacun des avantages et inconvénients, et il n’est pas évident que le passage des premiers aux seconds, en cours en Allemagne et en France, soit justifié. Enfin, au-delà du choix de principe quant au mode de soutien, de nombreux arbitrages concrets sont tout aussi importants, comm e le financement de ce soutien et sa différenciation entre segments de marché, nécessaire pour limiter les rentes mais potentiellement source d’inefficacités.

PP 2015-01
Global Sensitivity Analysis of an Energy-Economy Model of the Residential Building Sector

Frédéric Branger – Louis-Gaëtan Giraudet – Céline Guivarch – Philippe Quirion

Résumé
Cet article présente les résultats d’analyse de sensibilité de Res-IRF, un modèle hybride de demande d’énergie pour le chauffage dans le parc de logements français. Res-IRF a été conçu dans le but d’améliorer la description des comportements de demande d’énergie. Les différents leviers de la demande d’énergie – la quantité d’investissements dans l’efficacité énergétique, la qualité de ces investissements et le comportement d’utilisation de l’énergie par les occupants – sont dissociés et déterminés de façon endogène. Le modèle prend également en compte les barrières connues à la diffusion de l’efficacité énergétique : l’hétérogénéité des préférences des consommateurs, les problèmes d’incitation entre propriétaires et locataires, et l’inertie de la diffusion de l’information. La pertinence de ces choix de modélisation est évaluée grâce à la méthode de Morris, qui permet d’explorer l’incertitude du modèle en couvrant l’ensemble de l’espace paramétrique. L’analyse de sensibilité révèle que le paramètre auquel le modèle est le plus sensible est le prix de l’énergie. Le modèle est également sensible aux facteurs paramétrant les différents leviers de la demande d’énergie. En comparaison, l’influence des paramètres représentant les barrières à l’efficacité énergétique est faible. Ces conclusions confirment l’intérêt du modèle et soulignent l’importance du comportement des occupants comme priorité pour la recherche empirique.

2014

PP 2014-03
Reaping the carbon rent: abatement and overallocation profits in the European cement industry, insights from an LMDI decomposition analysis

Frédéric Branger – Philippe Quirion

Résumé
Cet article analyse les variations des émissions de CO2 de l’industrie cimentière Européenne de 1990 à 2011, au niveau Européen (UE 27), et au niveau national pour six grands producteurs (Allemagne, France, Espagne, Royaume-Uni, Italie et Pologne). La méthode utilisée est la technique LMDI (Log-Mean Divisia Index), en croisant trois bases de données : GNR (Getting the Number Right) développée par la Cement Sustainability Initiative, EUTL (European Union Transaction Log) et Eurostat (commerce international).
Cette méthode de décomposition permet de séparer sept canaux de changement d’émissions : l’activité, le commerce de clinker, l’intensité clinker du ciment, les combustibles alternatifs, l’efficacité énergétique (thermique et électrique) et la décarbonisation de l’électricité. Hormis une tendance de réduction des émissions de faible amplitude due à des améliorations technologiques (en premier lieu de la baisse de l’intensité clinker du ciment, puis d’une augmentation des combustibles alternatifs), la plupart des variations des émissions peuvent être attribuées à l’effet des activités.
L’utilisation de scénarios contrefactuels permet ensuite d’estimer que l’introduction du SCEQE (EU ETS) a apporté un abatement technologique faible mais positif (2.0% plus ou moins 1.1%). D’autre part, nous trouvons que l’industrie cimentière Européenne a gagné 3.5 milliards d’euros de « profits de surallocation », la majeure partie due au ralentissement de la production. D’après ces résultats, nous recommandons un système d’allocations de quotas proportionnel à la production, basée sur un benchmarking hybride (clinker et ciment) contraignant.

PP 2014-02
Assessing and ordering investment in polluting fossil-fueled and zero-carbon capital

Oskar Lecuyer – Adrien Vogt-Schilb

Résumé
Cet article étudie la transition du capital polluant (centrales au charbon) vers du capital plus propre ( centrales à gaz) et vers du capital zéro carbone (énergie renouvelable). Nous modélisons la rareté des ressources, l’irréversibilité des investissements, les couts d’ajustement et un budget carbone. Affin de lisser l’investissement et les couts associés, il est optimal de commencer à construire des centrales renouvelables coûteuses avant d’épuiser les ressources fossiles peu couteuses.
Investir dans des centrales à gaz à permet toutefois de construire moins de renouvelable à court terme et de déplacer les efforts du court vers le moyen terme. Enfin, le critère populaire du cout moyen actualisé de l’électricité (LCOE, levelised costs of electricity), est biaisé en faveur des technologies intermédiaires (gaz) et en défaveur du renouvelable s’il est calculé à partir des prix courants.Ces résultats sont illustrés par des simulations numériques du secteur électrique européen calibrées sur les hypothèses de la feuille de route à 2050 de la Commission Européenne.

PP 2014-01
Towards a Clean Vehicle Fleet: from Households’ Valuation of Fuel Efficiency to Policy Implications

Bénédicte Meurisse – Maxime Le Roy

Résumé
Le comportement des ménages au regard de l’efficacité énergétique de leur véhicule est examiné dans ce papier. Nous proposons d’approcher le Consentement à Payer (CAP) pour une meilleure efficacité énergétique du véhicule par la variation de revenu compensatoire. Plus précisément, nous distinguons le consentement à payer ou à recevoir (CAR) pour l’achat d’un véhicule moins consommateur de carburant du CAP théorique pour une réduction de la consommation de carburant sans devoir changer de véhicule. Puis, en supposant que le ménage est contraint de changer de véhicule, nous estimons le CAP pour l’achat du véhicule le plus efficient.
Les impacts d’une taxe sur le carburant et/ou d’un système de bonus-malus sur le CAP pour l’achat du véhicule le plus efficient et sur les distances parcourues en véhicule particulier sont également discutés. Nous trouvons que le CAP pour l’achat du véhicule le plus efficient diminue avec l’instauration de la taxe. Au contraire, l’instauration d’un système de bonus-malus conduit à une hausse du CAP pour l’achat du véhicule le plus efficient. Toutefois, diminuer le prix de marché d’un véhicule (i.e. avec un bonus) augmente le risque d’effet rebond. Cependant, une taxe sur le carburant, pourvu qu’elle soit suffisamment élevée, permet d’annuler l’effet rebond.